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Billet du 29 mars 2026, cinq femmes qui ont changé ma vie

  • 29 mars
  • 3 min de lecture

Cliché flou de Lydie Dattas à l'âge de 16 ans




1-Génia Livchine épouse Kobilinsky,


Ma grand mère maternelle russe, elle avait  une autorité naturelle, elle voulait que je présente bien. Quand je suis allé vers le théâtre elle disait son admiration pour Jean Louis Barrault et elle m’a donné 3000 francs. ( 450 €). C’est grâce à elle que j’ai compris mieux que quiconque Tchekhov.


2-Raïssa, ma mère.


Elle était fière de son fils ainé, elle m’emmenait chez le coiffeur, chez l’oculiste, si je ratais mon bac elle allait se plaindre des examinateurs antisémites. Elle me trouvait doué en piano, une fois je devais jouer devant Fistoulari un chef d’orchestre russe de passage à la maison, et j’entendais ma mère : n’est ce pas Anton qu’il est doué  ? Elle parlait quatre langues à la fois dans la même phrase,  son cosmopolitisme était splendide, elle était folle de culture, de musiques, de livres, de théâtre, pour moi sa dévotion n’était que superficielle.

J’ai été dur avec elle car j’avais découvert qu’elle avait eu un amant, et j’ai voulu des explications sur son divorce.

Pour son anniversaire, j’écrivais des chansons pour elle  : jacques veux tu mettre tes pantoufles etc.  Elle avait  un sens incroyable des relations sociales, elle cimentait  toute la famille, repas tous les dimanches, fêtes de famille. En 1958 elle a quitté le domicile  de la rue Nungesser et Coli à Paris pour s’installer à Londres avec un vieil ami anglais qu’elle avait secrètement épousé. Moi j’étais resté en France avec mon père, et je lui écrivais tous les jours, à sa mort elle m’a laissé mes 3 kilos de lettres, je lui racontais tout tout tout.

Et voilà comment je continue de raconter le quotidien de ma vie toutes les semaines à celles et ceux qui veulent bien m’écouter. Je ne vis que pour raconter :   une maladie pas très dangereuse.



3-Lydie Dattas


Elle avait quinze ans, j’en avais vingt. J’étais prêt à mourir pour elle. Au lycée français de Londres on faisait du théâtre, j’étais Figaro elle était Suzanne.

Notre relation fut éphémère, chaste, littéraire sauf que je suis devenu fou, elle était Rimbaud et moi Verlaine, on a fugué dans le nord de l’Angleterre, puis j’ai voulu la ramener en France clandestinement cachés dans des sacs à linge du bateau reliant Folkestone  à Boulogne, et ce furent  les gendarmes qui nous ont découverts et séparés, elle a été rapatriée chez son père.

Je ne l’ai jamais quittée dans ma tête, j’ai suivi toute sa carrière, elle était dans la collection blanche de Gallimard, égérie de jean Genêt, de Brassens, d’Alexandre Bouglione/Romanes puis de Christian Bobin. Je lui ai porté des orchidées pour son 77 ème anniversaire, elle n’avait pas changé.


4-Edith Rappoport née Lebettre


Elle a été tout pour moi, elle m’a recueilli dans ses bras après l’épisode ravageur de Lydie. Elle était très belle, très fine et très entreprenante en amour pour un ballot comme moi.

Ma soeur Ketty pour calmer son frère malheureux m’avait emmené à Amsterdam avec sa copine Edith qui avait une 2CV bleue.

Je récitais des poésies de Cendrars à tue tête en conduisant, et le reste a suivi, j’ai senti sa main dans le creux de mon bras en traversant une rue, ça m’a bouleversé.  Au retour elle est venue m’offrir quatre livres qu’elle aimait, et le 25 mars 1965 au pays de son enfance sur le haut d’une colline, à  Nesles la Vallée elle s’est emparée de mon corps, je lui disais, attention il y a un avion qui nous regarde….

Elle m’a aidé à fonder le théâtre de l’Unité, puis elle a été directrice du théâtre de Choisy le roi et théâtre 71 de Malakoff, puis conseillère théâtre à la Drac, puis elle allait voir 300 pièces par an et elle écrivait dessus.  Maintenant nous attaquons ensemble le dernier acte de la vie, elle a ce qu’on appelle pudiquement un déclin cognitif prononcé.



5 -Hervée de Lafond  :


je lui avais demandé en 1972 de jouer un rôle muet dans l’Avare and co  de Molière, et puis cinquante trois ans plus tard nous avions signé ensemble toute une oeuvre théâtrale, nous étions gravement complémentaires, moi toujours coupable, et elle fière et comparable à ces joueurs de rugby qui foncent dans le tas. Rien ne lui faisait peur, elle disait que cela lui venait de son éducation d’aristocrate. Sans elle le théâtre de l’Unité n’aurait même pas tenu 3 ans, or ça a duré 53 ans.

Il n’était pas question pour elle d’être censurée ou de ne plus être subventionnée,

lors de rendez- vous officiels  je restais  liquéfié par la force de résistance qu’elle dégageait.

Elle est resté célibataire toute sa vie mais a avoué 18 amants.

Elle a 82 ans depuis le 23 février, termine sa vie dans une belle maison isolée en Ariège.  Je reste en relation avec elle par téléphone tous  les matins.















 
 
 

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